29/04/2014

Un juge étranger en nos vallées : un bien ou un mal ?

Pour de nombreux Suisses la réponse est immédiatement négative. Juge étranger = malice des temps = mauvais pour la patrie. C’est le fruit d’un endoctrinement prodigué dès l’école primaire dans le cadre des cours d’histoire suisse. Cette conviction historique sacralisée s’impose encore en 2014 dans l’esprit de nombreux concitoyens. A tort ou à raison ? A tort bien sûr, car l’important n’est pas de connaître la nationalité d’un juge, mais bien plutôt de savoir si le jugement rendu est juste ou non. En d’autres termes, mieux vaut un jugement étranger loyal et juste qu’un jugement helvétique corrompu et injuste.

C’est exactement ce qui vient d’arriver ce printemps. Une veuve et ses filles viennent d’obtenir gain de cause devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme de Strasbourg. Voici les faits. Le défunt mari et père est exposé à l’amiante jusqu’en 1978 et décède en 2005. Le Tribunal fédéral en application de la loi suisse considère que les prétentions sont prescrites dès 1988, soit 10 ans après la dernière exposition à l’amiante. Or en 1988 la victime ignore sa maladie et bien entendu le dommage consécutif. Le but de la prescription est de sanctionner la lenteur excessive d’un créancier à faire valoir sa prétention contre son débiteur. La loi suisse est donc à l’évidence injuste puisqu’elle prive d’emblée un lésé, qui n’en peut mais, de faire valoir ses droits légitimes.

Par six voix contre une, la justice étrangère « rendue en nos vallées » a permis à notre pays de corriger une situation inique. Qui s’en plaindra ?

Olivier Emery    

 

15:40 Publié dans Société - People | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |

18/04/2014

« Amin Maalouf ? Mais c’est une légende ici ! »

C’est en ces termes que me répond, dans le cadre d’un entretien téléphonique professionnel, ma correspondante vivant à Beyrouth.

-       « Que lisez-vous ? »

-       « Origines. C’est l’enquête de l’auteur pour retrouver les morceaux du puzzle de la vie de son grand-père resté en Orient et de son grand-oncle exilé à Cuba ».

Un grand jeu de piste sur les chemins de la mémoire familiale, parsemé d’amour et de malentendu, de fidélité et de rupture, d’idéaux et de soucis quotidiens.

Une lecture, aussi, en forme de chasse aux trésors :

-       « Nous sommes les générations arrogantes qui sont persuadées qu’un bonheur durable leur a été promis à la naissance – promis ? mais par qui donc ? »

-       « En raison de cette distorsion dans l’échelle des valeurs qui nous fait dédaigner les activités socialement utiles au profit des activités pécuniairement rentables, l’enseignement a beaucoup perdu de son prestige. »

-       « L’Histoire a souvent tort ; mais notre lâcheté de mortels nous conduit à expliquer doctement pourquoi ses décrets étaient justes, pourquoi ce qui est arrivé était inéluctable, et pourquoi nos nobles rêves méritaient de crever ».

-       « Mieux valait le risque de l’hérésie protestante que la certitude de l’analphabétisme ».

-       « Le passé est forcément fragmentaire, forcément reconstitué, forcément réinventé. On n’y récolte jamais que les vérités d’aujourd’hui ».          

Olivier Emery

05:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |

08/04/2014

Vin sud-africain mais tonneau de chêne français

La région de Cape Town en Afrique du Sud est vraiment magnifique. Au 17ème siècle, 150 réfugiés protestants français y implantent la vigne. Aujourd’hui de prestigieux vignobles et de splendides « Wineries » se lovent dans le paysage comme des joyaux  dans leur bel écrin naturel.

Le climat plus que favorable de cette région permet à la végétation de pousser bien plus rapidement que sous nos latitudes. Il en est de même pour le chêne. Pourtant les remarquables chais sud-africains sont remplis de superbes tonneaux de chêne… importés de France. Pourquoi ?

Contrairement à son homologue austral, le chêne français pousse et se développe dans un climat plus rude, plus pénible. Sa croissance en est freinée mais sa densité en est accrue; n’étant pas poreux, il peut, lui, conserver les fins et délicieux nectars de Cape Town.

Il en est parfois de même dans la vie. Certaines femmes et certains hommes ont lutté pour grandir. Ils ont traversé des circonstances difficiles. Ils ont gagné en densité et ont acquis la capacité d’être utiles à leur prochain.

Olivier Emery

 

16:27 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |